Δευτέρα, 1 Αυγούστου 2016

Œdipe Roi de Sophocle – Théâtre Démodocos: direction Philippe Brunet

Œdipe Roi de Sophocle – Théâtre Démodocos

direction Philippe Brunet

Sommaire :

1. Le théâtre Démodocos
p. 2
2. Oedipe Roi, Sophocle
p. 2
3. Mise en scène
p. 5
4. Traduction
p. 6
5. Musique
p. 7
6. Chorégraphie
p. 8
7. Un théâtre masqué
p. 9
8. Adresses et contacts
p. 10

 1. Le Théâtre Démodocos

            Démodocos est l'aède aveugle à qui Ulysse fait remettre une escalope de porc, bien grasse, au banquet d'Alcinoos, en remerciement de ses chants. Au service de la communauté, l'aède homérique transmet les paroles traditionnelles.

            Sur ses traces, le Théâtre Démodocos, créé en 1995 sous le parrainage de Mme de Romilly, cherche à restaurer un lien entre le public et ces récits trop souvent réservés aux manuels scolaires. La compagnie a produit plus de 15 spectacles théâtraux, 20 récitals (poésie et chant en grec, latin et français) et de nombreuses conférences, ateliers, pour la plus grande joie des spectateurs qui ont eu le plaisir de les accueillir dans les quelque 300 représentations organisées jusqu'ici, en France et en Grèce (Perses au Pirée en 2002, Circé à Egine en 2004, Iliade en différents lieux d'Athènes en 2006, Bacchantes en 2013 à Stimphalia et environs d'Epidaure), sur l'invitation du club de l'Unesco et du Pirée.

            Faire entendre les langues grecque et latine dans leur scansion originelle, les rythmes de l'épopée, de la tragédie, de la comédie, les faire renaître dans le français et redécouvrir ainsi les possibles de sa propre langue, tel est le double but de ce théâtre. Car le Théâtre Démodocos, c'est aussi une « école de traduction ». Nombre de ses  aèdes, comédiens et chanteurs suivent l'exemple d'André Markowicz, qui, comme les poètes de la Renaissance ou les poètes allemands ou russes, a tenté de reproduire en français le rythme des vers latins (Le Livre de Catulle, L'Âge d'Homme, 1985).

            Voici ce qu'écrit Philippe Brunet, Directeur artistique du festival des Dionysies, créé en 2006, et metteur en scène de la troupe, dans l'édito de la dernière édition du festival : « Ils ont joué Eschyle, Sophocle, Aristophane, Euripide, Plaute. Ils ont embrassé la langue grecque et latine, ils ont joué en V.O. Et laissé cette langue dériver dans la leur. Bientôt la langue de substitution est devenue plus mûre. La langue française s'est réveillée, elle a crié, elle a rêvé de lointaines scansions, et les a fait descendre jusqu'aux acteurs. »

            Centre de recherche fondé dans sa dimension scientifique et académique, mais aussi de création, le Théâtre Démodocos tend, depuis vingt ans maintenant, à renouer avec la choreia grecque, présentant un spectacle théâtral qui allie le chant, la danse, la musique, la déclamation et fait résonner les textes de l'Antiquité dans nos oreilles et nos cœurs d'aujourd’hui.

 2. Œdipe Roi, Sophocle

            Pour ces représentations exceptionnelles dans les théâtres de Salamine et de Kéa (Krathaia), le Théâtre Démodocos présente une tragédie de Sophocle rattachée au cycle thébain :  Œdipe Roi.
  
Traduction et mise en scène : Philippe Brunet
Musique : François Cam
Chorégraphie : Fantine Cavet-Radet
Masques : Guillaume Le Maigat et Céline Radet
Costumes Florence Kukucka
  
Personnages :

SUPPLIANTS, CHŒUR DES VIEILLARDS THEBAINS
Maël Bailly, Sarae Durest, Elise Haddad,  Georgiana Hatara, Violette Hu, Armelle Nicolas, Martin Rellé, David Suzanne
PRÊTRE DE ZEUS
Daniel Rasson
ŒDIPE
Philippe Brunet
CREON
Henrri de Sabates
TIRESIAS
Gilles de Rosny
JOCASTE
Susie Vusbaumer
MESSAGER CORINTHIEN
Alexandre Michaud
GARDE DE LAÏOS
Daniel Rasson
SERVITEUR
Hubert Devos

Avec la participation de Geoffrey Hazard au prologue, qui dira un texte en grec moderne.

Structure de la pièce et déroulé du spectacle  (durée 1H45)

Prologue :
Devant la peste qui frappe le pays, le prêtre de Zeus, accompagné d'un groupe d'enfants,vient en suppliant chercher de l'aide auprès d'Œdipe, le roi vainqueur de la Sphinx et sauveur de la cité.
Créon, missionné par Œdipe,  rapporte alors l'oracle de Delphes : il faut chasser du pays la souillure qui s'y nourrit.
Parodos  :
Entrée du Chœur de vieillards thébains. Le Chœur se lamente et adresse des prières aux dieux.
Premier épisode :
Œdipe s'adresse au Chœur, lance des imprécations contre le meurtrier de Laïos et ordonne à quiconque ayant quelque information de la rapporter au plus tôt.
Le divin devin, Tirésias, arrive. Malgré ses réticences, Tirésias est contraint de répondre à Œdipe et lui annonce qu'il est le criminel qui souille le pays. Œdipe refuse de le croire et voit en la personne du sage un complice de Créon prêt à tout pour reprendre le pouvoir.
Premier stasimon :
Le Chœur, troublé par les propos du devin Tirésias, ne sait quoi penser. Reconnaissant à Œdipe d'avoir libéré Thèbes de la Sphinx, il ne peut lui imputer un crime. 
Second épisode :
Créon entre en scène. Il vient s’enquérir auprès du chœur de la véracité des accusations portées par Œdipe à son égard. La colère d' Œdipe éclate à la vue de Créon. Les deux hommes s'affrontent – c'est l’agôn –  sous le regard du Chœur attentif aux arguments de Créon. 
Jocaste sort du palais et tente de mettre un terme à la querelle des deux hommes. Créon fait le serment de son innocence. Dans le commos, le Chœur se désole et appelle à la raison Œdipe qui refuse de l'écouter. Dans l'antistrophe, il demande à Jocaste son aide en l'emmenant au palais. Jocaste interroge Œdipe sur l'origine de son ressentiment. Pensant le rassurer en lui expliquant pourquoi il ne faut pas croire dans les oracles, elle révèle en grec les circonstances de la mort de Laïos. Œdipe traduit son propos en français et le récit qui le traverse fait naître en lui les pires craintes. Il fait mander le seul témoin du meurtre de Laïos, un berger, pour en avoir le cœur net. 
Second stasimon :
Le chœur s'épouvante du scepticisme de ses rois à l'égard des oracles, s'interroge sur  Œdipe et dénonce quiconque fait preuve de démesure.
Troisième épisode :
Jocaste s'apprête à faire des offrandes à Apollon, le Chœur entonne un hymne de Delphes à Apollon (morceau de musique grecque retrouvé par l’archéologie) quand il est interrompu par l'arrivée d'un Messager.
Ce dernier vient de Corinthe pour annoncer la mort de Polybe.
Jocaste fait appeler Œdipe afin que cette nouvelle le délivre de ses craintes. Le Messager révèle alors à Œdipe l'origine de son nom, et, pensant le rassurer, lui annonce que lui-même l'a remis, nourrisson, à Polybe. Il tenait l'enfant des mains d'un berger de l'entourage de Laïos. Œdipe demande au Chœur l'identité de ce berger, mais il prétend que seule Jocaste saurait le reconnaître. Consciente du mal qui les atteint, Jocaste tente de dissuader Œdipe de poursuivre ses investigations sur sa naissance. Mais ce dernier refuse de voir la tragédie qui se trame, et persévère.
Troisième stasimon :
Le Chœur s'interroge sur la naissance d' Œdipe.
Quatrième épisode :
Le vieux Garde arrive, reconnu par le Chœur et le Messager corinthien. Il commence par se taire mais sous la menace finit par parler et révèle la véritable naissance d'Œdipe le jetant ainsi dans le malheur.

Oedipe Roi, Quatrième épisode.
Oedipe sur la scène, le messager corinthien et le garde de Laïos dans l'orchestra.
(photo E. Durest)

 Quatrième stasimon :
Le Chœur pleure sur le sort d'Œdipe.
Exodos :
Un esclave rapporte comment, en proie au malheur, Jocaste s'est pendue à une corde et Œdipe s'est crevé les yeux avec les broches du vêtement de celle qui fut sa mère et son épouse. Il annonce la venue d'Œdipe.
Le Chœur l'accueille dans un passage en anapestes.
Œdipe crie son malheur en grec tandis que le Chœur lui répond en français.
Œdipe, dans un long monologue, explique son geste et demande à disparaître aux yeux des mortels.
Créon arrive et accède à la demande d' Œdipe : être conduit dans le Cithéron et « voir » une dernière fois ses filles.

 3. Mise en scène, par Philippe Brunet, metteur en scène.

                a. Un théâtre bilingue

            Comme dans les précédents spectacles (A quand Agamemnon ?, Les Perses, Bacchantes), la mise en scène articule les deux langues, l’ancienne (grec) et la moderne, le français d’aujourd’hui, rythmé et scandé.
            Jocaste, dans l'intimité avec Œdipe, se met à parler la langue grecque, et Œdipe comprend et traduit, comme si se révélait le lien intra-utérin qui relie l'enfant à la mère qui le porte.
            Cette idéalisation du grec ne se fait pas au détriment du français, qui reste très proche rythmiquement du grec, puisque la traduction cherche à en reproduire la structure. Le français est l’objet d’un retour à une scansion rythmée, ou même chantée-parlée à la manière de certains acteurs du TNP de J. Vilar dans les années 60.
           
 b. Le Chœur

            Le Chœur est dépositaire de la mémoire thébaine. Il est donc normal qu'il soit davantage du côté de la mémoire fondamentale, comme il est aussi, par-delà les conflits qui opposent les personnages, du côté de l'harmonie, de l'ordre cosmique. Il chante donc en grec ancien. Et le Chœur danse, comme son nom l’indique d’abord. La mise en scène du Chœur sera entièrement renouvelée pour la représentation au théâtre Euripide de Salamine : le Chœur, sur l'orchestra circulaire, absorbera les personnages dans son espace.

 c. La danse

            Toute la parole grecque au théâtre est poétique, c'est-à-dire rythmiquement calibrée pour le pas, le geste et la voix. On ne peut séparer le corps et l'esprit. La séparation du texte et du corps marque la naissance du théâtre moderne. Revenir au corps a été un des gestes tentés par les pédagogues et les metteurs en scène du XXe siècle (P. Brook, A. Mnouchkine, J. Lecoq etc.) ; l'originalité du Théâtre Démodocos est de retrouver l'alliance des deux à la source antique, en partant du texte, un peu à la manière de ce qui a été fait ces vingt dernières années pour le théâtre baroque (Eugène Green).
            Selon les lieux où les pièces sont jouées, le Chœur évolue ou non sur un espace autonome, l’orchestra des théâtres antiques. Voilà pourquoi Démodocos joue ce spectacle au théâtre romain d'Argentomagus (août 2015) ou à Vaison-la-Romaine (10 juillet 2016) ou en Grèce sur des orchestra antiques (Krathaia) ou de conception néo-antique, comme à Salamine.

   d. L’interprétation

            En quelques mots, ce travail sur l’harmonie permet de mettre en scène contradictoirement les conflits qui ne sont pas des conflits existentiels, mais des désordres causés dans le monde à la suite de fautes tragiques ou de désaccord avec les dieux. Le rituel théâtral est toujours un recommencement, un re-jeu. On ne feint pas d’être naïvement dans le présent et de découvrir le malheur. Tout a déjà été joué. Tout le monde connaît la fin. Le mythe revit par le théâtre et suscite une adhésion profonde. Cette renaissance dionysiaque, profondément liée au culte du dieu Dionysos, fait de ce dispositif spectaculaire qui montre en réalité autant qu’il cache (d’où les récits narrant les épisodes hors-scène) l’occasion d’une vraie ferveur, d’une délivrance spirituelle et émotionnelle pour le public réuni autour de la scène.
            Une certaine vérité, absente le plus souvent des écrans omniprésents dans la vie quotidienne, est recherchée dans l’écoute directe (où c’est bien l’acteur qui écoute, dans le public, l’écho du spectacle), et dans le risque de l’aventure théâtrale.


            e. Les acteurs

            Sans eux, rien ne peut être joué. D’où qu’ils viennent, les acteurs de la compagnie partagent une culture et une passion qu’ils acquièrent avec le temps. Avant, on ne sait pas scander. Après, on sait, et le travail commence. On ne peut monter un spectacle en deux mois à moins d’avoir des acteurs qui connaissent la nature du travail spécifique mené par la compagnie. Masque, geste, danse, chant, poésie, tous ces aspects du travail peuvent être appris dans des ateliers de la compagnie, qui fait travailler des jeunes, étudiants en lettres, jeunes comédiens, parfois confirmés, et même des seniors, sans aucune exclusive.

 4. Traduction

            La traduction d'Œdipe Roi, inédite, est de Philippe Brunet.
            C'est une traduction métrique, elles respecte la scansion du grec, pour les passages parlés, et même souvent pour les passages chantés.
            Prenons pour exemple les premiers vers de la pièce, des trimètres iambiques dont voici un petit rappel des règles de scansion.



Le trimètre iambique :

Comme son nom l'indique, le trimètre iambique est constitué de trois mètres, chacun d'entre eux de deux pieds, principalement des iambes.

u - / u - / u - /u - / u - / u -
- - /       / - - /      / - - /

 1 mètre


u - = l' iambe, pied composé de deux syllabes, une brève suivie d'une longue
- - = le spondée, pied composé de deux syllabes longues
u u u = le tribraque, pied composé de trois syllabes courtes (peut figurer aux cinq premiers pieds)
u u - = l'anapeste, pied composé de trois syllabes, deux brèves suivies d'une longue (plus fréquent en français qu’en grec)
- u u = le dactyle, pied composé de trois syllabes, une longue suivie de deux brèves (rare en français)

]]W te/kna, Ka/dmou tou= pa/lai ne/a trofh/
 -   -  / u    -   /  -     -   / u   -  / u - /  u   -
Enfants, nouvelle descendance du vieux Cadmos,
ti/nav poq' e#drav ta/sde moi qoa/zete
 u  -  /   u   - /   -     -   / u  -  / u - / u u
Pourquoi vous bousculer sur les marches de mon palais,
i(kthri/oiv kla/doisin e)cestemme/noi ;
u  - / u -  /    u  -  / u - / -   -  /u  -   
Avec ces rameaux de suppliants autour du front ?

Dans l'exemple ci-dessus, les syllabes en gras marquent la dernière syllabe de chaque pied. On y retrouve bien les six pieds constitutifs du trimètre iambique.

            La diction du texte s'en voit ainsi modifiée. Le spectateur, attentif, peut sentir le rythme des vers grecs, pénétrer l'univers de la tragédie dans sa rythmique, en saisir plus finement la construction. Le travail du récitatif par les comédiens laisse entrevoir dans le français une mélodie, comme une réminiscence de la langue grecque, langue oubliée qui se rappelle à nous. La scansion n'est alors plus une accumulation de petits signes portés sur le texte mais un rythme, un souffle, qui porte les vers du poète.

            Les passages en grec sont déclamés selon les règles de la prononciation restituée que Stephen G. Daitz, qui nous a quittés il y a peu, a instituées et transmises. Cette prononciation, que d'aucuns jugent artificielle, a le mérite de faire entendre les accents, les aspirations, les longueurs de syllabes. Pour quiconque est habitué à la prononciation érasmienne, entendre le grec prononcé ainsi, c'est l'entendre pour la première fois.

 5. Musique, par François Cam, compositeur.

            La musique d’Œdipe Roi est composée à partir d’échelles de sons qui sont attestées ou susceptibles de l’être par les témoignages directs de l’Antiquité que sont les traités théoriques ou l’organologie (l’étude des instruments de musique). Nous parlons d’échelles car la notion de gamme n’a aucun sens pour les musiciens de l’Antiquité classique. Les Grecs donnaient à ces échelles différents noms : harmonies, tropes - pour les plus fréquents.

            Une fois l’échelle choisie pour tel ou tel chant (les raisons de ce choix nous emmèneraient trop loin ici – elles ont partie liée au contexte littéraire & artistique du passage chanté), le mélos composé doit tenir compte de deux paramètres : les quantités syllabiques (l’alternance des syllabes longues et brèves) et la qualité de la courbe accentuelle de chaque vers.

            En effet le poème qui nous reste de ce qui autrefois était chanté a conservé de façon explicite le rythme et le mouvement de la voix, caractéristique très fameuse et précieuse de la notation des phonèmes grecs. A partir de ces quantités prosodiques et de ces accents notés au-dessus des syllabes et en fonction de l’échelle retenue, on commence alors à pouvoir travailler et imaginer des solutions méliques.

            Dans cette recherche tous les éléments ont leur importance et concourent à trouver de bonnes formules, de beaux chants, et notamment la chorégraphie. En établissant un schéma des pas et des mouvements des choreutes apparaissent plus clairement certains points où le mélos peut tourner, stationner ou prendre une direction tout à fait différente de la séquence précédente, et ce même à l’intérieur d’une strophe.

 6.  Chorégraphie, par Fantine Cavé-Radet, chorégraphe.
           
             Les textes métriques des tragédies grecques consistent en une alternance de syllabes brèves et de syllabes longues qui s'enchaînent dans un ordre bien défini. Ces enchaînements s'appellent des cellules métriques. L'écriture de chorégraphies propose une transposition de ces cellules métriques en pas, tout en prenant en compte les différentes façons de poser les pieds selon les temps forts, les temps faibles, les valeurs longues et les valeurs brèves de la langue grecque ancienne. 

            Dans les tragédies antiques, c'est le chœur qui possède le plus de parties chantées et dansées. Puisque l'orchestra, la partie du théâtre dans laquelle évolue le chœur, est circulaire, les chorégraphies sont donc écrites de manières à faire danser circulairement les choreutes : les danses sont en accord avec l'espace dans lequel elles ont lieu.

            Quelques personnages dansent aussi : c'est le cas d' Œdipe. Les danses ne sont plus chorales : l'acteur effectue une danse en soliste, il ne scande pas seulement le texte grec avec la voix, mais aussi avec les pieds.
            Tandis que les pieds battent le rythme, le haut du corps se meut en diverses postures évoquant l'atmosphère du moment : par exemple, une attitude hiératique avec les bras vers le ciel est adoptée en cas d'invocation aux Dieux, alors que pour d'autres chorégraphies à caractère plus satyrique, les danseurs se transforment en silènes.

             Quelques exemples de transpositions chorégraphiques des rythmes de la langue grecque :
            L'iambe, soit la plupart du temps l'alternance d'une syllabe brève et d'une syllabe longue, est transposé dans les pieds par l'alternance du pied droit et du pied gauche. Pour la syllabe brève qui est un temps faible, le pied est tout simplement posé sur le sol ; elle est battue différemment du temps fort de la syllabe longue car, pour cette dernière, le pied frappe le temps avec le talon et matérialise la longueur de la syllabe en étant projeté vers l'avant.

            Les dactyles de la parodos d' Œdipe Roi qui sont dansés par le chœur des vieillards ont été transposés en pas de danse qui permettent de présenter une chorégraphie circulaire : les choreutes dansent en cercle, le cercle avance harmonieusement sur la droite ou sur la gauche grâce à un pas qui décrit un arc de cercle latéral. Ce pas circulaire est la transposition de la syllabe longue initiale du dactyle, pour les deux syllabes brèves qui suivent, les deux pieds sont tout simplement posés sur le sol alternativement.
            Le dochmie, sous ses formes diverses et variées, est le mètre qui exprime le pathos. Le danser de manière circulaire serait contraire à ce type de mètre. C'est notamment le personnage d'Œdipe qui danse sur ce rythme. Là encore, l'alternance des pieds est primordiale pour transposer énergiquement le rythme du texte grec : les dochmies sont frappés par les pieds qui battent alternativement le sol avec vigueur.
            Reconstruire des chorégraphies basées sur l'alternance et la battue des pieds sur les mètres grecs permet un nouvel aperçu des textes de ces tragédies à la lumière des lois du rythme.
           7. Un théâtre masqué

             Conformément au spectacle antique, la tragédie est jouée avec des masques.

            Les masques d' Œdipe Roi sont réalisés en bois par le sculpteur Guillaume Le Maigat et peints par Céline Radet. Ceux du Chœur sont laissés neutres. Tous différents, et non pas copies conformes comme on fait d'habitude par un procédé de moulage, ils expriment la diversité du théâtre à travers une identité de vieillards citoyens.  

            Céline Radet a réalisé au préalable une série de dessins, puisant son inspiration dans les masques de Lipari. En effet, on a retrouvé une extraordinaire collection de masques et de statuettes de théâtre dans des tombes des IVème et IIIème siècles. Conservée dans le musée Éolien de Lipari en Sicile, elle témoigne du culte de Dionysos présent dans l'art funéraire de la Grande Grèce. Certains de ces masques représentent des genres (la tragédie, la comédie, le drame satyrique), d'autres des types (le vieux, le jeune héros, la courtisane).

            Expérimentés depuis plusieurs années par la troupe, les masques de Guillaume Le Maigat sont à la fois expressifs et ouverts : ils n'enferment pas le personnage dans un état, une émotion, un caractère mais se laissent modeler une nouvelle fois par la voix et le corps du comédien. Ils prennent alors vie et endossent le caractère du personnage.

            C'était un rêve de Philippe Brunet que d'avoir des masques comparables aux masques japonais de nô (un tel masque de nô est utilisé dans la mise en scène des Perses pour l'Ombre de Darios) ou de gigaku, issus eux-mêmes des traditions théâtrales dionysiaques qui se sont propagées à l'issue des conquêtes d'Alexandre le Grand dans toute l'Asie. Cette collaboration a commencé avec le projet des Bacchantes et se poursuit.
           
Œdipe Roi, Deuxième épisode. Œdipe – Jocaste (photo E. Durest)
                      Le jeu avec masque comporte ses spécificités et nécessite un travail particulier du comédien.

            La voix du masque n'est pas celle de l'acteur : à lui de modifier son timbre en fonction du personnage qu'il interprète et de tenir compte de la résonance comme de la résistance qu'offre le masque.

            Le jeu implique aussi le corps. Bien difficile de dire d'où vient la voix quand les lèvres du comédien restent cachées dans l'ombre du masque. C'est alors au geste de prendre la parole. Les textes sont en quelque sorte « signés » par le comédien qui parle, c'est un nouvel alphabet, une nouvelle grammaire qui se construisent peu à peu et se présentent au regard. Ainsi, Œdipe  peut-il être représenté par un tour de la main au niveau de la tête, donnant à voir celui qui a résolu l'énigme de la Sphinx, ou par les deux mains recouvrant les yeux, illustrant alors celui qui n'a pas su voir la vérité qu'il cherchait tant.

 8. Adresses et contacts

            a. Adresses :
Le festival des Dionysies : http://www.dionysies.org
Le café homérique : http://homeros.fr/

Les partenaires du festival des Dionysies :
http://www.culture.paris-sorbonne.fr

            b. Contacts :

contact Philippe Brunet : philippepar@gmail.com
tel 06 87 325 57 71
adresse courrier 1171 route des Méandres 76530 Mauny
Programmation : theatredemodocos@gmail.com

            c. dates prochaines de la compagnie Démodocos

L'Hymne au Soleil de Mésomède, chorégraphie, 25 juin 2016, 17h, Jardin des Plantes

Oedipe roi, Vaison-la-Romaine, théâtre du Nymphée, 10 juillet 2016, 7h30 (http://hadrien2000-vaisontheatreantique.net/10-juillet-oedipe-roi-de-sophocle/)

Télémaque, Vaison-laRomaine, théâtre du Mas St Quenin, 11 juillet 2016

Lysistrata, Vaison-la-Romaine, théâtre du Mas St Quenin, 11 juillet 2016

Sept contre Thèbes, Argentomagus, festival Milliaires, 8 août 2016, 19h

Oedipe roi, théâtre Euripide de Salamine, 22 août 2016, 21h


Oedipe roi, théâtre antique de Krathaia, Kea, 26 août 2016 (sous réserve)

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